mardi 22 septembre 2015

Une noble cliente


À Herrn Magnus Van Baumer
Handelbezirk
Nuln
Averheim, le 24 Sigmarzeit 2521

Mon très cher papa,

Nous nous sommes octroyé aujourd’hui une petite journée de repos, bien méritée, et j’en profite pour te donner quelques nouvelles de l’évolution de la situation.
Reprenons les évènements dans l’ordre.
Tout d’abord, nous avons poursuivi nos recherches sur la « Cagoule noire » : notre seul lien direct
avec cet homme mystérieux étant le prêteur Stanislaus Schlussel, que nous avons vu une seule fois au Porc-Debout, mais jusqu’ici, nos tentatives pour lui parler ont toujours échoué ; nous n’avons même plus réussi à le revoir. Lars et Klueber ont découvert que le sous-sol de la taverne abritait un tripot, mais ils n’ont pas pu y entrer. Leur dernière virée s’est même soldée par quelques vilaines blessures pour Klueber, suite à une nouvelle bagarre entre les dockers. La tension entre les « Poissons » et les « Rats des quais » est à son comble, on commence désormais à compter les morts.

Nous devons également déplorer la mort du nain Kurgan Brakelson, dont l’entrepôt avait été la cible de menaces de la part de la « Cagoule » et de sa bande. Grunilda avait été l’aider à surveiller sa propriété, mais suite à notre rencontre avec les mutants, elle était trop blessée et fatiguée pour y retourner. La nuit même, un incendie a ravagé l’entrepôt et tout ce qu’il contenait. Il n’en reste plus qu’un énorme tas de gravats et de cendres fumantes. Il semblerait que le nain ait péri au cours du sinistre.
Grunilda a été très contrariée, elle se sent coupable de n’avoir pu mieux aider son congénère... Je comprends sa tristesse, les nains sont très solidaires. Pourtant, il n’y a rien qu’elle aurait pu faire dans son état et nous non plus d’ailleurs. Mais, je n’aimerais pas être à la place du pyromane si elle lui met la main dessus !

Non, vraiment, les quais ne sont pas sûrs ! Avant-hier, au matin, quand nous nous sommes absentés pour aller chercher notre paie à la Compagnie de la Flèche rouge, des individus en ont profité pour fouiller notre péniche. Ils ont tout mis sens dessus-dessous, mais il semble qu’ils n’aient rien volé ; au moins pour le moment, nous n’avons rien remarqué. Évidemment, personne n’a rien vu ! Il faut dire qu’il y avait ce matin-là un brouillard à couper au couteau...
 
Du coup, nous avons décidé d’embaucher un garde pour surveiller le bateau lorsque nous ne sommes pas là. Par chance, nous n’avons pas eu besoin de chercher bien longtemps. Nous avions croisé plusieurs fois, à l’auberge du Cheval Blanc, un mercenaire kislévite, nommé Evgueni Chadowitz, et nous savions qu’il cherchait du travail. C’est un géant, avec une mine peu engageante, armé d’une hache presque aussi grande que moi. Sa seule présence devrait suffire à dissuader tout nouvel intrus.



Nous avons donc poursuivi nos recherches en ville. Nous avons décidé d’enquêter d’abord chez les médecins : nos dernières rencontres avec des gens de cette profession nous ont rendus méfiants. Nous avions de bonne raison d’aller consulter après notre combat contre les mutants, mais nous n’avons rien trouvé de suspect au cabinet du seul médecin que nous avons pu voir.
Nous nous sommes ensuite rendus au temple de Shallya. Le bruit court, par ici, qu’un temple proche de Stormdorf a été « purifié » par les Sigmarites car les prêtres y auraient abrité des mutants.
Nous en avons profité pour nous faire encore soigner par une bonne sœur nommée Henriette. Lorsque nous l’avons interrogée sur les disparitions sur les docks, elle nous a conduits à frère Harkon qui prend soin des pauvres du port, notamment en leur apportant à manger toutes les semaines. Il nous a dit ne rien savoir de ces évènements mais il a remarqué depuis quelques temps l’absence d’un de ses habitués, un mendiant du nom de Franz.

En début de soirée, alors que nous étions retournés nous reposer sur la péniche, nous avons reçu la visite du capitaine Baerfaust. Tu le connais peut-être de réputation car ce vétéran est un héros qui a combattu au col du Feu Noir. Aujourd’hui, il est responsable de la sécurité de la ville. C’est un homme d’un certain âge, mais d’une grande prestance. Il est aussi très autoritaire et on comprend vite qu’il a l’habitude qu’on lui obéisse sans discuter.
Il souhaitait nous poser des questions sur les mutants et nous a invités dans une auberge réputée, L’épée de Sigismond, avec un chef-cuisinier halfelin.
C’est Curd Weiss, de la Flèche Rouge, qui lui aurait raconté nos exploits. Il nous a interrogés de manière très directe et nous avons répondu à toutes ses questions, sans rechigner. Il nous a parlé aussi des barils de poudre, je lui ai expliqué que tu es mon père et que lorsque j’ai vu le nom de notre famille, j’ai préféré les garder pour te demander conseil. Évidemment, puisqu’ils sont destinés à la ville, j’ai promis de les rendre. Nous avons proposé nos services notamment pour le guider jusqu’à l’antre de ces bêtes, mais il a décliné d’un air un peu méprisant.


Il nous a également demandé ce que nous venions faire ici. Nous lui avons parlé de nos enquêtes et des disparitions sur les docks, mais il n’a pas eu l’air de prendre ces histoires au sérieux. J’ai alors essayé de lui expliquer que l’affaire était peut-être plus grave qu’il n’y parait et que nous avions des indices manifestes d’utilisation de magie corrompue. Cette révélation a hélas eu l’effet inverse de celui escompté : le capitaine ne semble guère porter les mages dans son cœur et il a eu des paroles très blessantes. Ce genre d’attitude me dégoûte vraiment et à plus forte raison venant d’un vétéran ! Quand je pense à tous les mages de mon ordre, dévoués à l’Empire et qui sont morts au champ d’honneur ! Quand je pense à mon maître, en route avec un ost et prêt à braver tous les dangers !
Lorsque nous avons fini de satisfaire sa curiosité, il a mis fin à notre entretien sans plus de cérémonie et nous a planté là. Je sais bien qu’un homme comme lui doit être très occupé, mais je l’ai trouvé vraiment hautain et dédaigneux, il peut bien se donner de grands airs, cet homme m’inspire aucune confiance.

Lorsque nous avons rendu visite à Curd Weiss, le 22 au matin, il nous dit combien il appréciait notre service et, sans grande surprise, il nous proposa de revenir le lendemain pour une nouvelle mission. Ainsi, le 23 nous voici de retour à la Compagnie de la Flèche rouge. Notre rôle consistait à escorter la Gavin Clothilde, de la fameuse famille des von Alptraum, afin de piéger une bande de détrousseurs qui pille systématiquement les diligences et les convois de la compagnie. La noble dame s’était portée volontaire et un grand tapage avait été fait autour de son voyage de la ville vers une de ses résidences de campagne ; nous devions protéger la Gavin et, bien entendu, arrêter les bandits. En dépit de la présence du garde du corps de la dame et du meilleur cocher de la Compagnie, ce travail s’annonçait assez périlleux. Mais nous ne pouvions pas vraiment refuser : Curd est en quelque sorte le bras droit du Graf Von Kaufman par conséquent, nous avons tout intérêt à gagner son estime. Je crois aussi que Klueber et Lars ont été passablement émoustillés par l’idée de rencontrer la Gavin Clothilde tant réputée pour sa beauté.

Après un tonitruant tour sur la place centrale, nous voici partis dans la calèche en compagnie de la dame. Elle est effectivement très belle et aussi très avenante pour une personne de son rang.
A une assez faible distance de la ville et à peine l’orée de la forêt franchie, notre attelage est stoppé par un arbre abattu en travers de la route. Lars et moi descendons subrepticement afin d’approcher de l’obstacle en passant par les bois, puis la calèche continue jusqu’à l’arbre. Pendant que notre cocher détache les chevaux pour leur faire évacuer le tronc, Lars me fait signe et me montre une ombre dissimulée dans les buissons et observant la scène. Nous avançons en silence et réussissons à prendre par surprise une jeune fille, encore adolescente. Lorsque nous la questionnons, elle finit par nous dire qu’elle passait par là quand, voyant l’obstacle, elle s’est arrêtée. En fouillant ses affaires nous trouvons une petite corne d’appel. Pour nous, il ne fait pas de doute qu’il s’agit d’une guetteuse et qu’une fois l’arbre ôté du chemin, elle sonnera pour prévenir ses complices de notre arrivée. Nous décidons de l’attacher à un arbre et de lui subtiliser son instrument. Afin de ne pas alarmer ses complices, et donc de les voir puisque c’est bien notre objectif, Lars souffle dans la trompe et nous reprenons notre chemin.
Le résultat ne se fait pas attendre et un peu plus loin, un homme à cheval fait arrêter la calèche sous la menace d’une arme à feu. Il demande que la dame jette par la portière l’une de ses couteuses bagues. Ce qu’elle fait et au moment ou un autre bandit s’avance pour la prendre nous déboulons hors de la voiture, comptant sur l’effet de surprise : celui qui se trouvait le plus près n’avait aucune chance, hélas il n’était pas seul et c’est nous qui avons eu la surprise de recevoir une volée de balles parties des sous-bois. Nos assaillants se révélèrent plus nombreux que nous le pensions, au moins une dizaine d’hommes, et notre équipage est cerné. Très vite, nous sommes tous blessés, même Grunilda se fait malmener par un mage de l’ordre améthyste qui l’a pris pour cible. Je reconnais très vite ses sorts enfumés et leurs effets morbides, mais j’ai déjà fort à faire de mon côté. Et puis, même diminuée, notre naine finit par l’atteindre. Malgré la rudesse de l’assaut, nous parvenons à reprendre le dessus et nous tuons plusieurs attaquants, provoquant la fuite des autres, blessés et apeurés ; leur chef à cheval est l’un des derniers à déguerpir.
Nous n’avons pas eu toute la bande, mais tout de même six d’entre eux, dont le mage qui était certainement une de leur pièce maitresse et il est vraisemblable qu’ils ne recommenceront pas leurs larcins de sitôt.
En fouillant les corps, nous découvrons qu’ils portent des tuniques délavées aux couleurs d’Averheim et des armes marquées du blason de la garde. Des déserteurs ! Nous avons pu observer que les gardes étaient peu nombreux en ville et qu’ils se contentaient de patrouiller à l’intérieur des murs. Je ne serais pas étonnée d’apprendre qu’ils ne perçoivent pas leur solde très régulièrement. Dans cette ville, décidemment tout part à vau-l’eau !

Nous retrouvons dans la calèche la pauvre Gavin terrée sous la banquette, traumatisée mais sans la moindre égratignure. Nous la rassurons, lui rendons sa bague et reprenons notre route vers sa résidence. Nous y parvenons quelques heures plus tard et sur le pas de la porte nous sommes accueillis par des serviteurs, un prêtre de Shallya et la Gavin Clothilde car celle que nous accompagnons n’était qu’une dame de compagnie, dotée d’une très forte ressemblance avec sa maitresse.
Ce dénouement n’est guère étonnant, il aurait été vraiment inconcevable qu’une dame de si haute noblesse accepte de prendre de tels risques ! Mais pour nous, la mission est remplie et elle nous félicite chaudement. On nous offre à manger, à boire et le bon prêtre de Shallya soigne même nos blessures. Toutefois, nous ne nous éternisons pas car il vaut mieux être revenu en ville avant la nuit.

Le retour s’est déroulé sans encombre. Nous avons fait une halte là où nous avions laissé la gamine, mais il n’y avait plus que ses liens coupés et quelques taches de sang. Soit elle s’est enfuie, soit ses complices sont revenus la détacher.
Le cocher de la Flèche rouge nous a déposés sur les quais en fin d’après-midi. Nous avons mangé à l’auberge du Cheval Blanc, où nous avons appris la disparition de deux pêcheurs, probablement la même nuit qu’Ute. Décidément, c’est de pire en pire.
Fatigués après cette journée nous préférons rentrer nous coucher tôt tandis que Grunilda reste dormir à l’auberge afin de mieux récupérer.

Aussi, quelle ne fut pas notre étonnement en la voyant surgir sur le bateau moins de deux heures plus tard. Elle voulait nous annoncer l’arrivée à l’auberge d’une troupe d’une quinzaine de templiers, dirigé par une femme visiblement très impressionnante, en tout cas assez pour troubler notre naine. Elle nous appris également que Kurt, un mendiant qui trainait toujours à l’auberge et qui était souvent avec Ute avait lui aussi disparu. Comme il était encore tôt, nous avons été jetés un coup d’œil dans la ruelle où il squatte, mais nous n’avons rien trouvé et nous étions trop fatigués pour entreprendre des recherches plus approfondies.
 
Enfin, ce matin, revigorés par une bonne nuit et un solide petit déjeuner, nous nous sommes rendus à la compagnie de la Flèche rouge.
A la porte, nous avons été reçus par un groupe de mercenaires portant un tabard que je n’ai jamais vu. Nous, nous avons donné nos noms et annoncé que nous venions pour voir Curd Weiss. Un des hommes est entré et ressorti presque aussitôt pour nous dire que nous étions attendus. Le directeur de la Flèche Rouge nous a accueillis chaleureusement. Il nous a félicités pour la manière dont nous avions mis en déroute les bandits : le cocher lui avait déjà tout raconté et il était très content de nous. La présence des mercenaires s’expliquait par le rapatriement dans les locaux de la compagnie des trésors ramenés par l’expédition dans les terres du sud, en vue de la vente qui devait avoir lieu le lendemain. A cette occasion, le Graf Von Kaufman organise un diner ce soir, à la taverne de la Fin du Voyage et, en raison des services que nous avons rendus à la Compagnie, il souhaite nous y inviter et nous rencontrer.
Tu penses bien que nous avons accepté avec plaisir : nous allons faire la connaissance d’un des nobles les plus importants de la ville et nous en mettre plein la panse ; j’ai eu l’occasion d’entrer dans cette taverne car c’est le lieu où se rencontrent les membres de la Société du Soleil et il parait qu’on y mange mieux que nul part ailleurs à Averheim !
J’ai été faire les boutiques pour me trouver des nouvelles bottes et une belle ceinture. La cité est réputée pour son artisanat du cuir, autant en profiter. J’ai aussi lavé ma chasuble et raccommodé quelques accrocs, mais pas tous, juste assez pour ne pas paraître pouilleuse tout en montrant bien que je ne passe pas les journées à enfiler des perles... Je compte bien prendre un bon bain à l’auberge et je vais m’atteler à essayer de démêler ma tignasse et à me faire une coiffure digne de ce nom.

Je t’en prie raconte donc à grand-mère Keterlyn que je vais faire la connaissance d’un des meilleurs partis de l’Empire je suis sûre que cela l’enchantera ! Et qu’elle ne s’inquiète pas, malgré mon état qu’elle juge si déshonorant, je vais m’efforcer de faire bonne figure !
J’essaierais aussi de lui toucher deux mots pour ton carnet de dessins. Je t’enverrai bientôt des nouvelles.

Prends bien soin de toi.
Je t’embrasse

Ta fille bien aimée Hannah.