jeudi 14 juillet 2016

Le Bal


Journal de H. van Baumer
Ubersreik, le 8 Vorgeheim 2521


C’est hier que le fameux bal masqué a eu lieu. Manfred von Holzenauer n’est pas originaire de la ville et il n’y possède donc aucun bien immobilier. C’est donc devant un grand manoir qu’il loue à un riche bourgeois de la ville que nous nous sommes retrouvés, peu avant l’heure dite.

Le quartier était complètement bouclé et quadrillé par des gardes, car les personnages les plus importants de la ville allaient tous être présents ce soir. Pour arriver jusque-là, nous avions dû montrer nos invitations à plusieurs patrouilles et chaque fois les soldats nous avaient laissés passer en nous jaugeant, à la fois incrédules et envieux.
Devant le manoir, il y avait déjà des carrosses qui repartaient après avoir déposé leurs occupants. Près d’une porte cochère, plusieurs nains déchargeaient des tonneaux de bière sous l’œil attentif d’un autre nain, richement vêtu et avec un casque doré et clinquant sur la tête.
A 7 heures pile, arrive une double garnison de soldats de la ville, avec deux officiers, un homme et une femme, en tenue de parade. Seuls ces derniers entrèrent tandis que les gardes se dispersèrent autour de la demeure.

Nous finîmes par nous approcher de l’entrée et tendre nos invitations au majordome. Comme nous franchissions le seuil, il annonça « les Loups de Grünewald » ! Autant dire que notre entrée ne fut pas discrète et plusieurs personnes déjà présentes tournèrent la tête pour nous regarder passer. Nous n’en menions vraiment pas large.
Un homme aux cheveux coupés très courts et à l’allure martiale s’approcha de nous en souriant ; il était déguisé en homme des bois, avec un costume couvert de plumes. Il était talonné par une femme en arme, à la mine peu avenante, qui elle n’était pas déguisée (elle portait seulement un loup), nous comprîmes immédiatement qu’il s’agissait d’une garde du corps. Et l’homme n’était autre que le baron von Holzenauer qui tenait à nous souhaiter personnellement la bienvenue. Il nous serra même chaleureusement la main, ajoutant qu’il avait hâte d’entendre nos histoires. Je dus bredouiller que cela promettait d’être une belle soirée et que nous étions ravis d’être là. Mes compagnons étaient encore plus mal à l’aise que moi, surtout Grunilda qui avait fait l’effort de troquer son armure contre une robe et qui ne savait absolument pas comment se tenir. La pauvre !
Heureusement pour nous, un nouvel invité entra et le baron pris congé pour aller l’accueillir. Nous nous calâmes dans un coin pour observer les gens présents.
Dans la galerie qui prolongeait l’entrée, il y avait deux hommes à la mine peu avenante, déguisé en homme bête pour l’un et en truite pour l’autre (oui, oui, avec un masque en forme de poisson !). Je crois que l’un d’eux était le Margrave von Mackensen.
Le maître de la guilde des marchands, Alfred Kardstadt fit son entrée. Il portait un costume tout à fait extraordinaire : vêtu d’un bel habit aux couleurs de la ville, il portait sur le visage un masque représentant l’un des plus grands ponts d’Ubersreik et la tour qui le surmontait. Le nain que nous avions aperçu à l’extérieur était en grande discussion avec l’un de ses congénères exhibant une côte de maille en or et un masque représentant le Dieu Grugni. Un autre invité discutait avec les deux capitaines qui était entrés juste devant nous ; il était déguisé en faucon.

La salle où nous nous trouvions était très grande. De petites tables étaient disposées sur tout le pourtour de la pièce et une armada de serviteurs apportaient des plateaux chargés de victuailles de toutes sortes et de boissons.
A peine étions-nous installés qu’arriva Heissman von Bruner, vêtu de bleu avec un masque représentant un sanglier. Juste derrière lui, Lord Rickard et de son épouse Ludmilla furent annoncés. Tous deux étaient particulièrement élégants et portaient des costumes assortis, noirs et argent, lui casqué et elle avec un loup ouvragé sur une tige. Ils formaient vraiment un beau couple à l’air très complice ; on dit qu’il s’agit d’un mariage d’amour, ce qui est rare dans notre monde et encore plus chez les aristocrates. En revanche, il y avait une tension latente entre Aschafenberg et Bruner : les deux semblaient respecter une distance fixe entre eux, même leurs regards évitaient de se croiser.
Lord Rickard alla remercier notre hôte et échangea quelques mots avec certains invités puis vint nous saluer. Il était en train de nous présenter à son épouse lorsqu’on annonça Maximilien von Aschafenberg (qui est un neveu de lord Rickard) et qu’un silence soudain se fit dans la salle. Occupé à discuter, nous ne l’avions pas vu entré et c’est avec effarement que nous aperçûmes un jeune homme avec un sourire goguenard et le regard déjà brouillé probablement par une forte dose d’alcool, vêtu aux couleurs de la famille von Bruner et avec un grand tentacule à la place d’un des bras. Je crus que Ludmilla allait défaillir ; Lord Rickard devint blême tandis qu’Heissman von Bruner devenait écarlate. Visiblement très content de son effet, le jeune frimeur promenait sa mine satisfaite parmi l’assistance. Les conversations reprirent lentement et quelques rires fusèrent.
« Fêtes quelque chose, s’il vous plait » nous intima lord Rickard, tandis que, du coin de l’œil, nous pouvions observer avec horreur que son imbécile de neveu s’avançait vers von Bruner. Il fallait à tout prix éviter un esclandre. Lars et moi nous faufilâmes jusqu’à lui au milieu des invités. Je commençais à focaliser mon énergie, hors de question que je me rate !  Lars lui saisit le bras avec un grand sourire et nous l’attirâmes à l’écart aussi vite que possible pour qu’il n’ait pas le temps de réagir ; je posais ma main sur son autre bras... il s’endormit comme un bébé, j’ai rarement été aussi efficace sur un sort de sommeil. Ce n’est pas forcément ce qu’il y a de plus discret, mais bon... Nous le trainâmes hors de la salle et vers l’escalier où nous le confiâmes à des serviteurs. « Mon seigneur se sent fatigué. Pouvez-vous lui trouver un endroit où il pourra s’allonger ? ». Ils embarquèrent le jeune homme endormi, qui sentait assez l’alcool pour rendre cette invention tout à fait plausible.

De retour dans la grande salle de bal, quelques personnes nous lancèrent des regards curieux. Personne n’était dupe et, sans doute, cet idiot avait-il réussi à jeter le trouble. Mais l’affront s’arrêtait là et très vite de nouveaux arrivants focalisèrent l’attention.
Vers 19h30, Siegfried von Saponatheim fit une entrée remarquée : déguisé en chasseur avec un masque en forme de tête de cerf, affublé de bois qui passait tout juste sous les portes, il était accompagné par une dame d’un certain âge mais avec beaucoup d’allure, vêtue d’une austère tenue de veuvage, elle arborait un masque aussi démesuré que celui de son fils et représentant une comète à deux queues.
Plusieurs personnes s’approchent de nous en nous demandant de raconter comment nous avons mis en déroute les hommes-bêtes au pavillon de chasse de Grünewald. Nous nous lançons dans un récit en évitant toute allusion aux serviteurs du chaos et à leurs tentacules, inutile d’en rajouter. Sans trop en faire pour que cela reste crédible, nous nous efforçâmes de présenter le rôle de Lord Rickard sous son meilleur jour...

Les invités continuèrent d’affluer. Tous ceux qui occupent une place dans la vie de la cité, tous les nobles, les riches, les prêtres, les lettrés... Certains portent des costumes tout à fait extraordinaires. Cela prendrait des heures de tout détailler !
Johann Brass le maitre de la guilde des forgerons exhibait un déguisement et un maquillage qui le faisait ressembler à une statue de bronze. Christopher Engel, un mage gris, portait la robe de son ordre et un masque surprenant qui changeait tout le temps de couleur. J’aimerais bien savoir faire ce genre de chose, c’est parfaitement inutile mais c’est marrant !
Un nobliau du nom de Florian Pfeifraucher était déguisé en faune, un costume très réussi. Marianne Herlicht, la jeune prêtresse de Shallya, portait une belle robe blanche et une colombe voletait autour d’elle venant de temps à autre se poser sur son bras. Les prêtres en général n’avaient pas fait preuve de beaucoup d’originalité, chacun affichant les attributs de leur culte ou de leur dieu : le prêtre de Morr, annonçait comme le « Maitre des morts » avait sa robe noire et un masque en forme de crâne ; le Haut-prêtre de Verena portait un casque et une lance semblable à ceux de la déesse, sur sa robe étaient brodées une chouette et une balance. Le prêtre de Sigmar lui n’était pas déguisé du tout.
Parmi les invités les plus prestigieux, je citerais seulement un Bretonnien de forte carrure, Jean-Luc de Cadent, duc de Grenouille, représentant du Haut-Roi de Bretonnie et même une ambassadrice elfe Lorith Silverleaf. Je crois que c’est la première fois que j’en voyais une d’aussi près : c’était une créature vraiment étrange, pas vraiment belle selon des critères humains (trop grande et trop maigre) mais il émanait d’elle une telle aura ! Sa magnifique robe, blanche brodée d’argent, semblait se mouvoir autour d’elle comme si le vent la faisait onduler, mais il n’y avait pas le moindre courant d’air ! Klueber et Lars faillirent se décrocher la mâchoire et toutes les dames de compagnies se mirent à chuchoter rageusement sur son passage.

Mais c’en est assez de la chronique mondaine car la soirée a également été émaillée de nombreux imprévus et d’incidents avant de sombrer irrémédiablement dans le plus complet cauchemar.
Le premier accroc, que j’ai décrit plus haut, concerna les frasques de Maximilien von Aschafenberg. Mais dès le début de la soirée, nous entendîmes de l’agitation à l’extérieur et le nain casqué sortit comme une bombe. Grunilda le suivit et en revenant elle nous apprit que le bruit courait qu’un convoi transportant de la bière pour la soirée avait été attaqué et intercepté par un mutant. Un peu plus tard, des éclats de voix à l’extérieur nous alertèrent. C’est Lars qui sortit : il s’agissait de plusieurs nains qui venaient faire un scandale disant qu’ils avaient prêté de l’argent à Holzenauer qui tardait à les rembourser préférant visiblement les dépenser sans compter dans l’organisation de fêtes. Lars réussit à les convaincre de revenir à une autre fois. Ensuite, c’est Maximilien qui refit surface et qui ne trouva rien de mieux à faire que d’aller carrément bousculer von Bruner. Cette fois, nous nous interposâmes de justesse. Je réussis à rendormir et cette fois nous l’amenâmes dehors pour le confier au cocher de Lord Rickard afin qu’il le ramène directement chez lui.

La soirée avançant, les esprits commencèrent à s’échauffer. Klueber assista à une altercation entre le jeune noble déguisé en faune et la prêtresse de Shallya, il semble qu’il ait eu un comportement un peu déplacé, sans doute à cause de l’abus de vin ; il fut très vite éloigné par des serviteurs.
Plus tard, nous surprîmes un domestique en train de mettre une poudre dans un verre destiné à Lord Rickard. Après l’avoir intercepté, nous le conduisîmes dans une pièce de service à l’écart de la foule. Il ne fut pas très difficile de lui faire avouer qu’il faisait partie de la maison des Saponatheim et que c’était son maître qui lui avait demandé d’agir ainsi. Inutile de faire plus de bruit que nécessaire autour de cet incident. Lord Rickard nous avait demandé de faire en sorte que tout se passe bien il fallait toutefois que nous restions attentifs. Nous nous séparâmes pour investir les différentes salles où se déroulaient les festivités.
Klueber entendit des aboiements de chiens à l’extérieur et sortit faire un tour dans les jardins. A peine quelques minutes plus tard, il revint avec l’air inquiet. Il avait aperçu une maigre silhouette, sautant depuis un arbre sur le mur et grimpant rapidement avant de se faufiler par un soupirail qui devait certainement aboutir dans les cuisines ou le cellier. Grunilda et lui se précipitèrent dans cette direction. En entrant dans le cellier, ils virent à nouveau la silhouette juste avant qu’elle ne s’enfonce dans le puits. Mais quand ils se penchèrent à la margelle, l’individu avait complètement disparu. Toutefois, un fort relent d’eau croupie se dégageant de là, ils en déduisirent qu’un tunnel devait relier ce puits et le réseau d’égouts de la ville. Avec des planches et des caisses ils bouchèrent l’ouverture du puits. Puis, observant attentivement le sol en terre battue, ils repérèrent de petites empreintes de pas menant jusqu’aux barils de bières entreposés contre un mur. Deux était vides, mais le troisième était encore plein. Des piétinements devant les tonneaux ne pouvaient signifier qu’une chose, la bière avait été trafiquée et il y avait fort à parier que ce n’était pas pour en améliorer la qualité. Notre naine, qui ne fait jamais dans la dentelle, explosa les barils à coups de pied. Je pense que cela dût tout de même lui coûter de gaspiller ainsi de la bière...
Pendant ce temps-là, Lars et moi qui étions restés près du hall assistions à une scène assez étrange. Un homme fit irruption dans l’entrée qui avait été désertée par le majordome, tous les invités devant désormais être présents. Cet énergumène portait des vêtements en lambeaux, son torse nu et ses bras étaient couverts de cicatrices, d’ecchymoses et de lacérations. Ce n’était visiblement pas un déguisement et on avait mal, rien qu’en le regardant ! J’avais déjà vu des flagellants dans des processions à Altdorf, mais dans ce contexte, une telle apparition était parfaitement incongrue. En entrant, il jeta un regard dément sur l’assistance et, voyant l’invité déguisé en homme-bête se précipita sur lui en brandissant son fouet. Mais nous fumes plus rapides et, le ceinturant, nous le traînâmes dehors, où nous le confiâmes à des gardes.
Un peu plus tard, le sanglier empaillé dans le hall se mit à bouger, puis à courir au milieu des invités. Cela occasionna une belle panique. Il fut étonnement facile de l’arrêter en lui envoyant une dague : il se dégonfla comme une baudruche. L’aura de magie qui l’entourait me permit immédiatement de remonter jusqu’au mage gris qui, de toute façon, ne se cachait pas, riant de bon cœur de sa plaisanterie. Passant près de lui, je lui suggérai de ne pas trop s’amuser à ce genre de tour ; plusieurs personnes avaient été bousculées et avaient failli tomber, ce n’était pas vraiment le lieu le plus approprié. Je crois que mes avertissements le firent encore plus rire ! D’ailleurs, plus tard dans la soirée il recommença son manège avec le sanglier et même avec une écharpe en fourrure de renard que portait une dame, ramenant la bête à la vie. Cette fois, dépassant les bornes, il fut raccompagné dehors par les gens de notre hôte.

La soirée était déjà bien avancée, lorsqu’une querelle éclata entre le Duc de Grenouille et un jeune noble insolent qui s’était moqué de lui pour je ne sais quelle raison. Les Bretonniens sont susceptible et ont visiblement le sang chaud car aussitôt le Duc le provoqua en duel. Un petit groupe se forma autour des deux hommes qui se dirigèrent vers les jardins. A l’extérieur ; il faisait nuit et la maudite Morrslieb flottait dans le ciel dardant ses sinistres rayons verdâtres. Désormais, je ne peux plus sortir lorsque cette lune parait sans ressentir encore de vives brûlures dans le dos, là où les lames de malepierre m’ont frappée. Je restais donc en retrait, près de la porte, observant la scène de loin. L’affaire fut assez rapide d’ailleurs, le duc étant apparemment une fine lame, il sortit vainqueur sans la moindre difficulté. Il blessa légèrement son adversaire, mais assez cependant pour faire couler son sang. Or, exposé à la malsaine lumière de Morrslib, le sang se mit à fumer. Le Duc resta interdit, le blessé se mit à hurler et tout le monde revint à l’intérieur aussi vite que des lapins surpris dans une clairière. 
Klueber avait profité de la sortie des invités pour refaire un petit tour dans le jardin afin de rechercher quelques traces de cette silhouette aperçue plus tôt. Il réussit à retrouver sa piste et monta jusque sur le toit. Mais, en furetant, c’est une découverte bien plus macabre qu’il fit : sous des branchages, dans un coin un peu à l’écart, il trouva le cadavre du jeune homme déguisé en faune. Il avait reçu plusieurs coups de couteau ou de dague. Nous prévînmes discrètement les capitaines de la garde qui étaient présents à la soirée.

Il y eut encore plusieurs incidents : un des invités en train de prendre du bon temps avec une servante dont le mari finit pas débarquer (on se serait cru revenus à l’auberge des trois plumes), un début d’incendie dans les cuisines...
Mais l’apothéose était pour minuit. Des projectiles traversèrent les fenêtres, les vitres volèrent en éclats et les pièces furent envahies par de la fumée suffocante. Les invités se précipitèrent à l’extérieur et nous prenions le même chemin, lorsque nous entendîmes d’affreux cris de douleur et de terreur. A peine sortis, les gens étaient assaillis par un étrange mal et se tordaient en abominables convulsions sous la lumière de Morrslib et déjà nombreux étaient ceux qui rentraient malgré l’odeur âcre qui régnait à l’intérieur mais qui semblait moins dangereuse. J’avais les yeux qui pleuraient et ma gorge me piquait, mais rien qui ne soit insurmontable. Il fallait retrouver le comte von Aschafenberg et sa femme ; nous avions essayé de garder toujours un œil sur eux pendant la soirée, donc en dépit de la cohue nous les repérâmes assez facilement et en même temps nous remarquâmes plusieurs ombres se déplaçant rapidement et d’un pas assuré très différents des hôtes affolés. Deux d’entre nous escortèrent Lord Rickard jusqu’à l’étage pendant que les autres commençaient à poursuivre les ombres. Nous réussîmes à les intercepter, ils attaquèrent sans sommations et nous ripostâmes. Bien qu’évoluant au cœur d’un épais brouillard, il ne fut pas difficile de reconnaitre des skavens et nous fûmes sans pitié. Ma dernière rencontre avec ces affreuses créatures s’était soldée par de graves blessures, encore cuisantes et ceux-là allaient payer pour leurs congénères. Un pourtant, nous échappa et s’enfuit par le puits : la fermeture improvisée par Grunilda et Klueber n’avait pas fait long feu...

La descente dans le puits était facile, plusieurs pierres étant disposées en saillie ; un peu au-dessus du niveau de l’eau, un trou s’ouvrait dans la paroi. Le skaven et Grunilda pouvaient y tenir debout, mais pour Lars, Klueber et moi, la progression était un peu plus lente, mais une fois dans les égouts, ce fut plus facile. Il parvint à nous distancer, mais pas à nous semer. Comme à Averheim, les conduits d’égouts débouchaient sur des salles souterraines plus grandes et les skavens s’y étaient installés. Nous dûmes éliminer plusieurs skavens « normaux » (enfin, pour autant que ces abominations puissent être qualifiées ainsi) ; chaque fois que nous en tuions un, son corps se décomposait en quelques minutes. Nous avancions au fur et mesure, poursuivant les fuyards et arrivant dans de nouvelles salles. A un moment, un skaven géant, mesurant deux à trois fois ma taille, nous tomba dessus. Là, ce fut un peu plus compliqué, mais je crois que nous n’avions jamais été aussi efficace : entre la rage de tuer ces monstres et, avec l’habitude, une bien meilleure coordination de nos attaques, nous nous sentions pratiquement invincibles. Le dernier homme-rat était un sorcier, manipulant l’épouvantable magie du chaos. Lui aussi nous donna un peu de fil à retordre, mais il mourut et disparut comme les autres.

Une fois débarrassés des créatures, nous fouillâmes leur tanière, mais à part de la boue et des immondices il n’y avait rien. Nous rebroussâmes donc chemin jusqu’au manoir. Nous devions être bien pitoyables à voir lorsque nous émergeâmes du puits. Ma nouvelle robe est dans un sale état je vais devoir la laver plusieurs fois avant d’effacer l’odeur des égouts et de la saleté des hommes-rats et je ne parle même pas de mes bottes !
Lord Rickard sembla cependant content de nous revoir. Plusieurs personnes avaient été blessées et certaines même très gravement dans l’attaque ; néanmoins, une bonne partie des invités avait réussi à trouver refuge à l’étage avant que la garde n’arrive à leur rescousse. Le calme semblait revenu dans le quartier, néanmoins nous préférâmes raccompagner nous-même le comte et son épouse.

Nous nous en sortons avec très peu de dommage et quelques jours de repos devraient nous remettre sur pied. Je pense que nous avons réussi à nettoyer la ville de cette vermine. Plusieurs personnes nous ont interrogées sur ce que nous avions vu, mais le nom de « skaven » les a laissés incrédules. Comme à Averheim, on considère qu’il s’agit d’une légende et que ces bêtes n’existent pas et, les corps disparaissant systématiquement, nous n’avons aucune preuve.

Cela commence tout de même à être très inquiétant. C’est la seconde ville où nous rencontrons ces monstres et ce sont deux cités assez éloignées.
Je prie pour que la contamination s’arrête là.

mercredi 6 juillet 2016

Retour à Ubersreik

JOURNAL DE H. VAN BAUMER
Ubersreik, le 4 Vorgeheim 2521

Nous sommes arrivés avant hier soir à Ubersreik et pour nous accueillir, Morrslieb était de retour, baignant la ville dans un infect brouillard verdâtre. Un présage peu engageant...

Comme lors de notre premier passage, nous nous sommes installés à l’auberge de la Lune Rouge. Au petit déjeuner, hier matin, évidemment il y avait les « excellentes saucisses de monsieur Fletcher ». Nous les avons soigneusement décortiquées et écrasées triant les petits bouts de viande et de gras, cherchant le moindre élément de couleur suspecte. Heureusement il n’y avait rien de tel. Nous en profitâmes pour demander à la serveuse des nouvelles de notre ami boucher : « oh ! vous le connaissiez ? c’est bien triste... il ne s’est jamais remis de la disparition de sa fille, vous savez. Il a traîné lamentablement pendant des mois et voici quelques semaines, on l’a retrouvé pendu chez lui. Ses boutiques ont été reprises par ses employés... au moins, nous pouvons toujours trouver ses excellentes saucisses ».
Pauvre homme ! Je ne crois vraiment pas qu’il méritait tous ces malheurs. C’est bien triste et franchement injuste. J’espère au moins que sa fille va bien... enfin autant que possible.

Nous finîmes notre repas rapidement et sans rien rajouter de plus. Il n’y avait pas grand-chose à dire de toute façon.
Notre première visite fut réservée à Lord Rickard von Aschaffenberg. Au manoir, c’est notre vieux comparse Hendrick qui nous accueillit avec un grand sourire. C’est agréable de revoir une tête amicale. Il nous fit traverser des couloirs interminables encombrés par une foule de serviteurs portant des montagnes de vêtements.
Lord Rickard, plus corpulent et jovial que jamais, nous retrouva dans un cabinet tout en boiseries précieuses, lourdes tentures et meubles délicats. Nous étions assez tendus dans ce décor opulent, c’est autrement plus impressionnant que le pavillon de Grünewald. La famille Aschaffenberg appartient clairement à la plus haute noblesse de notre Empire ; c’est un honneur et une chance de pouvoir compter sur un tel... protecteur. Je pense que le comte saisit notre trouble et essaya de nous mettre à l’aise en nous demandant de nos nouvelles comme si cela l’intéressait vraiment... Ceci dit, c’est peut-être le cas, c’est un homme très affable malgré sa position. Enfin, je ne sais trop qu’en penser !
Peu importe... il finit par nous expliquer que le problème pour lequel il avait besoin de nous concernait la vie politique de la cité. Ubersreik est une ville franche, mais cette situation n’est plus aussi avantageuse qu’elle pouvait l’être autrefois et, dans les temps chaotiques que nous traversons, un rattachement au Reikland, et donc à l’Empire, est de plus en plus d’actualité. Tout cela, nous le savions déjà, il en était déjà question lors de notre précédent séjour ici et même si nous n’avions pas spécialement prêté attention à ces histoires, il était difficile de les ignorer. Une question demeure et occupe tous les esprits ici : qui dirigera la ville ? C’est un poste important et les prétendants ne manquent pas. Evidemment, Lord Rickard est l’un d’eux et, si on en croit la rumeur, il est même très bien placé. Pourtant d’autres sont des concurrents très sérieux.
Il y a tout d’abord Manfred von Holzenauer qui appartient à la famille du comte électeur du Stirland. Nous nous sommes renseignés dans les archives de Verena après notre entrevue ; les Holzenauer sont une famille de vieille noblesse, mais sans terre – ils les ont perdues il y a des siècles au cour des guerres vampiriques – et, aussi, sans argent car, comme nous l’avons appris plus tard, l’actuel baron a de grosses dettes de jeu. C’est cependant un vétéran et c’est un atout par les temps qui courent. Siegfried von Saponatheim est aussi un rival de poids, même s’il n’est pas plus originaire de la ville que les Holzenauer. C’est une des plus riches familles de Boghenhafen qui serait visiblement liée à des guildes marchandes. Enfin, il y a Heissman von Bruner, qui est de la belle-famille même de Lord Rickard - c’est un cousin de son épouse Ludmilla. Là encore il s’agit d’une vieille famille de la noblesse dont plusieurs membres ont même servi directement l’Empereur. Toutefois, les rejetons douteux, comme celui qui avait disparu à Grünewald et les rumeurs persistantes sur des liens avec des sectes occultes ont grandement terni la réputation des von Bruner et, bien que Heissman lui-même paraisse irréprochable, l’affaire est très mal engagée pour lui.
Après avoir longuement exposé la situation politique, Lord Rickard expliqua qu’un bal masqué allait avoir lieu dans quelques jours chez le baron von Holzenauer. Tout le gratin d’Ubersreik serait présent, les grandes familles nobles, les représentants des cultes, des guildes et des autorités, sans compter quelques invités de marque de passage dans la cité. Je sais que ce genre de réjouissances revêt généralement une dimension politique, pour être plus exacte, je l’ai entendu dire. Cela fait partie des mœurs dans la haute société... Tous les prétendants à la future direction de la ville sont évidemment invités et cet événement pourrait s’avérer déterminant pour les départager. Il faudrait donc y faire bonne figure.
Le comte souhaitait donc que nous soyons présents afin d’assurer discrètement la sécurité et surtout de faire en sorte que rien ne dérape.
Il nous envoya chez son couturier personnel afin que nous ne dépareillions pas trop dans cette assemblée. J’en ai profité pour me faire tailler une nouvelle chasuble, dans de beaux tissus rouges, jaunes et oranges. Je pourrais ressortir mes belles bottes et avec un jupon et une chemise neufs, cela devrait faire l’affaire. Inutile de chercher à faire plus sophistiqué, je ne suis pas de ce monde, je n’arriverais qu’à me ridiculiser, donc autant me présenter dans une tenue de mage flamboyant, c’est la seule façon d’être à mon avantage.

Nous avons passé beaucoup de temps chez cet artisan qui nous prenait un peu de haut, mais comme nous venions de la part du Comte, il essaya de se contenir. Sur la fin, nous en avons même rajouté un peu, mais il n’y eu pas moyen de lui faire perdre son flegme.
Après ça, nous décidâmes de faire un petit tour au temple de Verena, comme je l’ai dit, nous espérions trouver quelques renseignements sur les familles des nobles en lice pour la direction de la ville. J’ai déjà exposé les rares résultats de nos recherches. Ensuite, nous avons voulu nous rendre à l’hospice de Shallya, espérant retrouver les prêtres qui avaient accompagné Anna Fletcher et que nous avions dû quitter aux portes d’Hugeldal. Nous avons été reçus par une nouvelle responsable et elle nous dit n’avoir aucune idée de ce qu’étaient devenus les frères et sœurs qui étaient partis à ce moment-là. Elle était arrivée depuis peu et ne connaissait rien de cette histoire. Cette absence de nouvelles nous inquiéta. Qui sait quelle mauvaise rencontre ont pu faire nos compagnons ? Les alentours d’Hugeldal n’étaient vraiment pas sûrs. Et pauvre Anna...

Nous avons ensuite été trainer autour de chez le docteur Narnscabber. La maison était fermée, le jardinet rempli d’herbe folle et plusieurs lourdes planches avaient été clouées sur les portes. Un voisin nous apprit qu’il n’avait pas vu le docteur depuis des mois mais qu’un homme d’une quarantaine d’années, avec de rares cheveux grisonnants mais de gros favoris, était venu il y a cinq ou six semaines, avait chargé une charrette avec des choses de la maison, mais il n’avait pas vu exactement quoi. Puis, une fois la charrette pleine, il avait cloué les portes avant de partir. Il n’avait aucune idée de qui pouvait être cet homme, il ne l’avait jamais vu et tout ce qu’il put rajouter c’est qu’il boitait un peu.
Où pouvions-nous trouver des informations sur un nécromancien ?
Nos pas nous conduisirent vers les jardins de Morr. Le prêtre reconnu notre petit groupe et ne s’étonna pas trop de nos questions étranges. Oui, il y avait eu de nouvelles profanations depuis notre dernière visite. Il y a environ un mois et demi, en une seule nuit, une dizaine de tombes ont été vidées de leur « contenu ». Mais plus rien ne s’était passé depuis. Cette profanation correspond à peu près à l’époque où la maison de Narnscabber aurait été visitée.
Nous lui demandâmes s’il y avait eu des décès bizarres ces derniers temps dans la ville. Le sombre prêtre sembla réfléchir un moment puis nous raconta un sordide drame familial qui remontait à peine à quelques jours. Un père de famille, apparemment sans histoire, avait tué un soir sa femme et ses enfants à coups de couteaux. Alertés par les cris, les voisins ont prévenu la garde et en arrivant les soldats ont trouvé le coupable, au milieu du sang des siens, un vrai carnage et lui en train d’essayer de se couper la jambe, il hurlait certainement de douleur mais aussi semble-t-il de terreur et dans son délire il parlait de tentacules. Il était tellement amoché qu’il fut conduit directement chez Shallya. Il n’est même pas sûr qu’il parvienne à survivre jusqu’à son exécution.

Il était déjà tard quand nous sommes retournés à l’auberge pour déjeuner. Nous avons écouté les conversations autour de nous. Il n’était question que du bal masqué et du futur dirigeant de la ville. Nous avons réussi à discuter avec l’aubergiste. Il était au courant de l’affaire du père de famille mais ne nous apprit rien de plus. Pas grand-chose d’autre à signaler. Il n’y avait plus de fantômes sans tête qui se baladait en ville, plus de disparition depuis celle de la fille du brave monsieur Fletcher. Ah si ! Une histoire ridicule d’un ratier qui disait s’être fait attaquer par une horde de rats sur les docks. Il était dans un sale état quand on l’a retrouvé et son chien avait été tué. « Il a même dit qu’un rat géant menait les autres vermines ! une belle cuite si vous voulez mon avis ! et il s’est certainement battu avec quelques autres ivrognes de son espèce. Voilà tout ».
L’aubergiste avait peut-être raison, mais les rats géants ne nous font plus vraiment rire depuis notre rencontre avec les skaven d’Averheim. Une petite enquête sur les docks, où l’agression avait eu lieu, semblait s’imposer. Hélas, nous ne trouvâmes rien, aucune rumeur supplémentaire sur des rats.

Sur les quais, nous croisâmes des gardes. Nous essayâmes de discuter des rats mais ils ne firent que nous rire au nez. Comme ils semblaient d’humeur plutôt loquace – je pense qu’ils avaient dû faire un petit détour par une taverne – nous en profitâmes pour engager la conversation, parlant de choses et d’autres. En revanche, je ne sais trop quelle idée stupide nous traversa l’esprit, mais nous évoquâmes le docteur Narnscabber et ils réagirent de manière assez inattendue en envoyant l’un d’eux dans la maison pour l’inspecter. Et ce qu’il y découvrit aurait pu nous couter très cher... En effet, le soldat tomba sur six cadavres en état de décomposition avancée, couverts de terre et fit immédiatement le rapprochement avec les tombes profanées au jardin de Morr. Nous dûmes expliquer qu’à l’époque de cet profanation nous n’étions pas dans la ville, mais à Averheim. Nous étions revenus à Ubersreik seulement la veille à la demande du Comte von Aschaffenberg qui était un de nos employeurs réguliers. Le chef des gardes sembla nous croire et nous dit qu’il allait envoyer des gens de Sigmar pour purifier la maison. Il ajouta que nous ferions mieux de ne pas faire de vague pendant notre séjour ici, qu’il nous avait à l’œil. Finalement, nous avons eu de la chance de nous en sortir aussi facilement.
Au final, nous n’avons rien appris sur les quelques évènements bizarres survenus dans la ville pendant notre absence. Un complice de Narnscabber a dû revenir pour finir ses sales besognes, mais il semble peu probable que nous puissions en apprendre plus.
Je pense que nous allons suivre le conseil du garde et rester tranquillement à l’auberge jusqu’au bal qui aura lieu dans trois jours.