samedi 11 octobre 2014

Hannah van Baumer de Nuln, apprentie pyromancienne




« Baumer ! Par le marteau de Sigmar ! »

            La voix de mon maître avait retenti à travers tout l’étage de la tour. Au même instant, toutes les flammes des torches s’étaient mises à vaciller. J’ai accéléré le pas en direction de sa salle de travail, autant que me le permettait le poids des grosses bûches de bois que je transportais.

« Enfin ! J’ai cru mourir de froid ! hurla-t-il en me voyant entrer. Pourquoi cela t’a-til pris aussi longtemps, feignante ! »

            Je me précipitais vers la grande cheminée, jetais le bois dans l’âtre et, me concentrant, j’essayais de les enflammer. Hélas, elles étaient trop grosses et j’étais gelé moi aussi ; je ne réussis à en tirer que de la fumée. Comme nous étions partis depuis plusieurs semaines, il n’y avait que cendres et quelques charbons épars je n’arrivais à rien

« Je vais chercher du petit bois, Maître... »
« Allez ! Pousses-toi ! On ne va pas y passer la soirée ! »

            En un clin d’œil, la fumée se transforma en grandes flammes rouge sombre puis la couleur s’éclaircit pour devenir plus naturelle.

« Puisque tu n’es pas capable de te servir correctement de la magie, tu n’as qu’à utiliser un balais ! Nettoie-moi cette pièce, il y a de la poussière partout. Je vais prendre un bain chaud, qu’on ne me dérange pas. Et quand tu auras finis, va me chercher à manger. »
« Bien, Maître. »

            Il tourna les talons et sorti du bureau pour rejoindre ses appartements adjacents. Je soufflais. J’enlevais ma cape trempée que je n’avais pas eu le temps d’ôter depuis notre arrivée et je la mis sur une chaise à coté du feu pour qu’elle puisse sécher. Je posais aussi mes chaussures à coté.
Au moins, j’étais au sec

            La vie d’un apprenti sorcier n’a rien de franchement amusant. Je crois avoir appris autant sur l’art du ménage que sur celui de la magie peut-être plus même ! Mon Maître, Werner Beike, n’est pas toujours aussi difficile à supporter qu’il l’est ce soir, il peut même se montrer parfois très attentionné, mais il est très lunatique et effroyablement imprévisible. Cela fait six ans que je suis son apprentie, depuis que je suis entrée au Collège Flamboyant.

            Je suis née à Nuln, en 2502. Mon père, Magnus van Baumer est un commerçant prospère, comme l’était avant lui son père et son grand-père. Ma famille a fait fortune dans le négoce des armes, et tout particulièrement des armes à feu, une spécialité locale. Ma mère, Bianka Schneider, venait également d’une famille de fabricants et de vendeurs d’armes. Un mariage de raison ; pourtant, pour autant que je saches, ils étaient vraiment heureux ensemble. Je suis la dernière d’une fratrie de six enfants et la seule fille. Ma mère est morte quand j’avais 4 ans, je m’en souviens très peu. Elle a été emportée ainsi que deux de mes frères lors d’une épidémie de choléra.

            Ma grand-mère paternelle, Keterlyn, s’est alors installée chez nous pour s’occuper de
nous. À coté d’elle, mon Maître Werner est presque un ange. Étant la plus jeune et l’unique fille, j’étais habituée à mener mon monde selon mes caprices. Ma grand-mère était très stricte et le changement fut rude. Elle était aussi très dévote et a passé sa vie en prières à Verena. Sa foi est néanmoins à l’origine d’une bonne part de mon éducation. Ainsi, j’ai passée de longues heures dans mon enfance à recopier dans des livres des prières que nous allions ensuite déposer au temple. C’est de cette façon que j’ai appris à lire et à écrire. Afin, d’orner ces lettres de prières, ma grand mère m’a aussi fait prendre des cours de dessin. Sans compter que ce genre d’activité artistique convient très bien à une jeune fille de bonne famille, surtout à Nuln, ville des artistes. J’avoue aussi que j’aimais beaucoup cela. Mon père qui n’était pas très présent à cause de son métier qui l’obligeait à beaucoup voyager, me rapportait toujours toutes sortes de pigments et de papiers fins et colorés. Il m’a toujours beaucoup gâtée. Parmi mes frères, les aînés, Walter et Albrecht ont suivi la tradition familiale en devenant commerçants. Les affaires familiales ont toujours été prospères, les temps se prêtent bien à ce genre de produits. Mon plus jeune frère, Eckhart, est parti à l’université de Altdorf pour apprendre la chimie, puis le droit, il est finalement devenu géographe : une profession qui lui permis de ne pas avoir à revenir à Nuln, puisqu’il n’avait aucune raison avec un métier pareil de travailler dans l’entreprise familiale. Il parcourt aujourd’hui le Vieux Monde, dressant des cartes des différentes contrées. En dehors de mon père et de moi, il a rompu toute relation avec les autres membres de la famille. Ses idées originales en ont fait pendant longtemps le mouton noir des van Baumer.

            Mais, c’est de moi qu’est finalement venu le « coup de grâce »,comme le dit si bien ma grand-mère.

            J’avais 13 ans lorsque mon entourage, avant que j’en ai véritablement conscience moi même, se rendit compte que j’avais des affinités avec la magie. Ce qui fut vécu à la fois comme une malédiction et un déshonneur par la plupart des membres de ma famille, la grande Keterlyn et mes frères ainés en tête. Mon père, pour sa part, n’était pas franchement ravi, « ...Mais c’est tout de même moins grave que le choléra ! ». La décision fut prise de m’envoyer très vite dans un Collège : pour mon père cela apparaissait comme la meilleure façon de me protéger et pour ma grand-mère la meilleure façon de m’éloigner

            On m’amena voir un homme très étrange, vêtu de blanc, avec des cheveux blonds platine et des yeux gris clairs, presque transparents. Je suppose que ma grand-mère avait insisté pour me conduire auprès d’un magistère lumineux, elle devait considérer cette magie plus noble que les autres

            Le hiérophante commença par me poser quelques questions : est-ce que je voyais parfois des lignes dans les airs ? De quelles couleurs étaient-elles ? D’ailleurs, quelle était ma couleur préférée ? Etc... Cela me sembla durer des heures et je finis par m’agacer. Finalement, il me demanda si je ne trouvais pas qu’il faisait chaud ici et comme je lui répondais par la négative, il mit fin à notre entretien.

« Je pense que votre fille a de bonne chance de devenir pyromancienne, dit-il à mon père. Vous devriez l’envoyer très vite auprès de l’ordre des Flamboyants, cela pourrait être dangereux de la garder chez vous ».

            La magie la plus vulgaire selon ma grand-mère, et la moins appréciée à Nuln où les stocks de poudres sont nombreux. La pire honte pour une famille de trafiquants d’armesEnviron un mois plus tard, je quittais la confortable maison familiale pour les tours effrayantes et une chambre poussiéreuse au Collège flamboyant à Altdorf, troquais mes cahiers de dessins pour des grimoires pesants et m’éloignais d’un père aimant pour un maître soupe au lait.

            L’apprentissage de la magie d’Aqshy est long et douloureux : cours magistraux, exercices mille fois répétés, duels. Mes condisciples ne sont pas très amicaux d’abord car je suis une fille, ce qui est rare parmi les sorciers et encore plus chez ceux de l’Ordre flamboyant qui se destinent majoritairement à devenir des sorciers combattants, ce qui ne semble guère approprié pour le sexe faible. Ensuite, en raison de la condition sociale de ma famille : venant d’une famille aisée, les dirigeants de l’ordre ont tout de suite vue le profit qu’ils pouvaient tirer de ma présence. Si on ne peut pas franchement parler de traitement de faveur, disons qu’au moins je profite de certains avantages qui m’attire quelques jalousies : je peux me rendre à Nuln, chaque année pour les fêtes de Verena – même si vu l’hostilité de ma grand-mère et de mes frères, je m’en passerais bien – et je peux sortir du Collège pour voir mon père et mon frère Eckhart lorsqu’ils sont de passage à Altdorf. Mon père m’envoie de la nourriture et toute sorte de cadeaux que je suis autorisée à garder. Surtout, j’ai été confié à Werner Beike, qui malgré son caractère est un excellent professeur.

            Mon maître était un sorcier combattant très puissant et respecté sur les champs de bataille. Hélas, il fut blessé lors d’une bataille contre des orcs et perdit une jambe. Affublé d’une jambe de bois et devenu inapte à mener le combat, il revint au siège de l’Ordre pour se consacrer à l’enseignement. Loin d’être amer, il se dévoua à cette nouvelle tâche avec passion. Je suis sa quatrième apprentie et la seconde fille. Pour lui, le sexe ne fait pas de différence et il est persuadé que bientôt de puissantes sorcières combattantes écumeront les champs de bataille. Il m’aide à travailler et m’impose de longues séances d’entraînement. Il m’encourage à avoir confiance en moi et à me surpasser chaque jour. Il est dur, mais le plus souvent il est juste alors je sais que j’ai de la chance.

            La vie que je mène aujourd’hui est à milles lieux de ce dont je rêvais petite fille et encore plus loin de ce à quoi aspiraient mes proches pour moi. Les dirigeants de mon Ordre souhaiteraient que je le serve en tant que magistère à Nuln, que je puisse devenir un relais dans cette cité-état où nous sommes assez mal venus. Moi, j’espère être un jour aussi douée et courageuse que mon maître et partir à l’aventure pour voir du pays.

            Depuis quelques mois, mon maître accepte des missions en dehors du collège et me laisse l’accompagner pour que je fasse mes preuves sur le terrain et que j’apprenne à réagir correctement face aux situations réelles. Il s’agit le plus souvent de missions d’escorte ou d’expédition chez les nains de Karaz-Azgaraz des talismans runiques puissants, comme les clefs que nous arborons à nos ceintures et qui sont les insignes de notre ordre.

            Notre dernière mission a été d’accompagner un noble de la cours impériale (dont j’ignorais l’identité) jusqu’à Marienburg. Tout s’est bien passé à l’aller, nous n’avons même pas croisé un loup
En revanche, au retour, notre diligence est tombée dans une embuscade de brigands. Nous avons pu les repousser sans peine (enfin, surtout mon maître) et nous échapper. Mais dans l’affrontement mon maître a cassé le brasero qui ornait son bâton, ce qui l’a mis dans une colère noire. Et pour couronner le tout, nous avons essuyé une averse glaciale, avant d’arriver à Altdorf.

            Bref, son humeur de ce soir est pour le moins compréhensible. Aussi, je me suis hâtée de nettoyer le bureau et d’aller chercher de quoi manger en cuisine. Lorsque j’expliquais à l’un des serviteurs la raison pour laquelle j’étais là si tard, et le courroux auquel je m’exposais – et lui avec moi – si je ne ramenais pas de quoi satisfaire mon maître, il parvint à me dénicher de la soupe de potiron, du pain, ainsi que deux beaux morceaux de rôti de porc. En entrant dans le bureau, avec un plateau bien chargé, je trouvais mon maître assis à sa table de travail et visiblement plus détendu et presque souriant.

« Ah ! très bien ! dit-il et comme je faisais mine de me retirer, tu n’as pas faim ? Viens, assieds-toi et prend en une part, il y en a assez pour deux. Il faut que je te parle. »

            J’allais chercher une chaise et je pris sans me faire prier le pain et la viande qu’il me tendait. J’étais affamée.

« Tu m’as impressionné, cet après-midi, avec ces brigands. Tu commences à bien te débrouiller, même s’il y a encore un peu de travail, ajouta-t-il en penchant la tête vers la cheminée. Il est temps que tu commences à voler de tes propres ailes sans que je sois toujours derrière toi. Et j’ai une idée pour une mission. Vu que mon bâton n’est plus utilisable, il m’en faut un autre. Je ne veux pas harmoniser n’importe quoi. Je devrais pouvoir trouver un bâton en bois de la Loren ici à Altdorf, mais j’aimerais que tu ailles voir Grundir mon ami forgeron à Karaz-Azgaraz pour le brasero. Je vais
lui envoyer un message dès demain et tu partiras d’ici quelques jours pour me le chercher. Il nous faut juste le temps de préparer ton voyage et de persuader le patriarche de t’écrire une lettre de laisser passer. J’ai confiance en toi, ne me déçois pas. »

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